Distinctions
Discipline : Paysage & Territoires
Catégories :
Architecture de paysage / Campus, culturel & institutionnel
: Certification or
Catégories :
Prix spéciaux / Accessibilité & participation citoyenne
: Certification or
Chaque année, 9 000 visiteurs parcourent des centaines de kilomètres pour contempler le plus grand barrage à voûtes multiples et à contreforts au monde. Pourtant, le belvédère original souffrait de désuétude et d'une dégradation marquée des sols. Le mandat de la société d'État Hydro-Québec : le transformer en une infrastructure d'accueil institutionnelle éducative, accessible et digne de la renommée internationale du site.
Le concept repose sur un parcours de visite faisant passer l'usager de son véhicule à une contemplation active à pied, en nature. L’élément phare est une structure identitaire en acier Corten qui cadre le barrage Daniel-Johnson, chef-d’œuvre de génie civil, offrant une protection contre les intempéries en créant un repère visuel et symbolique fort.
Conçu en collaboration avec la communauté de Pessamit et la Chaire de recherche du Canada sur le patrimoine et le tourisme autochtones, mener le projet sous le nom de Manikuakanishtikᵘ est un choix délibéré pour recentrer l'histoire millénaire du territoire. Le programme d’interprétation est portée par une signalétique bilingue où le français et l’innu-aimun ont le même poids visuel. Intégrer cette langue reconnaît officiellement les racines ancestrales du site et favorise une participation citoyenne respectueuse.
L’intervention à faible impact environnemental a réhabilité 4 000 pi² de surfaces asphaltées et de béton hostile en une infrastructure résiliente conçue pour les conditions extrêmes de la Côte-Nord. Opérant dans une zone subarctique, le projet innove par une gestion fine des cycles de gel-dégel : la topographie optimise le drainage et l'évacuation des glaces, et la structure supporte des charges de neige exceptionnelles sans entretien hivernal. Le Corten s’impose pour sa résistance extrême et sa patine vivante qui s’harmonise avec la forêt. Des surfaces anti-graffiti, un mobilier urbain ultra-robuste (bancs et tables de pique-nique) et l’utilisation de matériaux bruts (acier Corten, poussière de roche, paillis forestier) garantissent ainsi une maintenance minimale et un legs de 100 ans. Le projet prône le rewilding en remplaçant les espèces invasives par une flore indigène. Un éclairage solaire autonome, car hors réseau, sécurise le site tout en protégeant le ciel noir, préservant l'intégrité nocturne de la forêt boréale.
Le site est maintenant entièrement accessible aux personnes à mobilité réduite grâce à des sentiers nivelés et tables de pique-nique adaptés. Les blocs de béton « Jersey » inesthétiques ont fait place à une zone tampon paysagère, un module d’accueil filtrant les véhicules et un garde-corps sécuritaire de 600 pieds.
Plus qu’un simple point de vue, le belvédère Manikuakanishtikᵘ une halte scénographique qui magnifie le barrage de la centrale Manic-5, pilier de l'identité énergétique du Québec, qui rend hommage au territoire et à ceux qui le visitent.